Thèmes

humour image vie moi monde homme chez background enfants fond mort nuit automne femmes voyage bande air écran dieu

Rechercher
Derniers commentaires Articles les plus lus

· LES COLLINES DE LA TERREUR : Bronson justicier du désert
· LA HORDE SAUVAGE OU LES DELICES DE L’EUTHANASIE DE MASSE
· SERAPHIM FALLS : PIERCE BROSNAN vs. LIAM NEESON
· Un Colt pour une corde : dernier western de l'impecc' Peck
· LA COLLINE DES POTENCES : UN GRAND COOPER DE PLUS

· Une introduction au western américain
· LA CONQUETE DE L'OUEST : LE WESTERN EN MODE CINERAMA
· LE SOUFFLE DE LA VIOLENCE : chef d'œuvre à réhabiliter
· COUP DE FOUET EN RETOUR : UN WIDMARK NERVEUX A SOUHAIT !
· Le Trésor du Pendu : une pépite à redécouvrir
· LE DUEL DES HEROS : DERNIER ROUND POUR DOUGLAS ET COBURN
· VALDEZ : « 100 $ pour un shérif » à la mode Burt Lancaster
· CONVOI DE FEMMES : L’AMOUR EST DANS LA PRAIRIE POUR WELLMAN
· LA BRIGADE DU TEXAS : KIRK DOUGLAS REALISATEUR SARCASTIQUE
· LE FILS DU DESERT : Les Rois Mages version John Ford

Voir plus 

Statistiques

Date de création : 16.07.2012
Dernière mise à jour : 04.01.2026
220 articles


BILL DOOLIN LE HORS LA LOI DERNIER WESTERN DE BURT LANCASTER

Publié le 15/11/2014 à 21:22 par vivelewestern Tags : image vie moi monde homme chez background enfants fond mort nuit automne femmes voyage bande air écran
BILL DOOLIN LE HORS LA LOI DERNIER WESTERN DE BURT LANCASTER

Une voie ferrée la nuit. Le braquage d'un train par une bande de brigands menée par le légendaire Bill Doolin alias Burt Lancaster. C'est ainsi que débute ce biopic qui s'autorise de gentilles libertés avec la vérité historique puisque Doolin fut abattu avant d'atteindre la quarantaine quand Burt Lancaster frisait déjà les soixante dix ans, transformant pour le coup le brun leader moustachu de la Wild Bunch en un vétéran à barbe blanche. C'est au son d'un banjo, d'un piano de saloon puis plus loin d'une guimbarde que Lamont Johnson entame ce dernier western du grand Burt qui aurait eu cent un ans ce mois ci.

Très vite, on quitte ce fameux Bill Doolin puisque la séquence suivante se déroule dans une gargote où officient Jenny et Cattle Annie, deux amies campées par la toute jeune Diane Lane et Amanda Plummer, qu'elles quittent avec fracas pour s'en aller courir le vaste monde. Fumant en public, ces délurées demoiselles flirtent ouvertement avec des garçons, les malmenant à leur guise au gré de dialogues soulignant au passage la condition faite aux femmes à cette époque («épouse moi, fais moi douze enfants et bats moi après »). C'est alors que survient en ville le gang Doolin / Dalton, Burt Lancaster prenant la parole à la manière du prédicateur d'Elmer Gantry, haranguant la foule avec son phrasé si caractéristique, offrant à la cantonade une tournée générale.

On reconnaît à ses côtés John Savage (Voyage au bout de l'enfer, Hair) et Scott Glenn en Bill Dalton (L'étoffe des héros, Silverado) qui ne laissent pas indifférentes les deux amies. La troupe est poursuivie par un marshall auquel Rod Steiger prête ses traits ici moustachus, incapable de se retenir de cabotiner dès sa première scène dans le plus pur style exempt de sobriété de l'Actor' Studio. Alors qu'un citoyen qui s'était fait un point d'honneur à présenter un peu plus tôt son fils à Lancaster/Doolin en admirateur sans bornes du bandit, se hasarde à faire remarquer à Steiger qu'il est un peu âgé pour jouer les justiciers, ce dernier réplique en substance que ce sera donc une lutte à mort entre deux vieux anachronismes et que c'est lui qui enterrera le corps calleux de son adversaire. Se voulant crépusculaire, le scénario pâtit d'une narration qui se cherche un point de vue, oscillant entre les deux amies et le gang pendant la première demi heure avant qu'elles ne le rallient dans son repaire.

Là, elles deviennent en quelque sorte les égéries des outlaws, la vie au grand air nous étant présentée de manière édénique. Ainsi pendant que Burt Lancaster motive ses hommes tout en prenant un bain dans une rivière, Amanda Plummer et John Savage s'éclipsent sous une cascade pour consommer leur romance naissante de manière elliptique, la caméra les suivant de très loin pour les abandonner pudiquement à leurs ébats. Il faut patienter trois bons quarts d'heure pour que la violence rattrape soudain la troupe sous la forme d'une bataille rangée, le gang encerclé tentant de repousser au petit matin les assauts de Steiger et consorts. Sauvé in extremis par la présence d'esprit de Plummer qui libère un troupeau de bêtes à cornes qui sèment la pagaille parmi les assiégeants, le gang échappe de peu au bras armé de la loi, sans compter de victimes dans ses rangs. Tendre et paternaliste à la fois, Burt Lancaster réconforte ces demoiselles avant de donner le signal du départ car la menace demeure, en embuscade. C'est de nouveau grâce à elles qu'ils se sortent sans encombres ou presque du braquage d'une banque qui tourne au fiasco quand Steiger surgit derechef.

Après cet épisode, chacun s'interroge sur la marche à suivre et la séparation s'avère inévitable par souci de prudence. Burt Lancaster salue tout son monde avec panache et, comme le lui fait remarquer un commerçant sur sa carriole qu'il croise peu après, s'en va chevaucher en homme libre. Libre mais traqué. Et bientôt appréhendé par Steiger et les siens alors qu'il se baigne nu dans une source d'eau chaude, avant d'être ramené en ville pour y être exhibé comme un trophée, entravé et photographié pour la postérité par un Steiger fier comme un paon de sa capture. Mais c'était sans compter sur la persévérance des deux filles qui une fois encore vont permettre à Doolin de s'en tirer vivant, échappant de peu à la potence, tandis qu'elles n'hésiteront pas à sacrifier leur propre liberté pour qu'il recouvre la sienne...

Avec ses allures de téléfilm et son budget afférent, Cattle Annie et Little Britchees sent son Ouest déjà étriqué, reconstitué en plein air du côté de Durango. Et l'évocation nostalgique d'un Age d'Or dont on ne sait trop dans le fond s'il est celui décrit à l'écran ou bien plutôt celui d'un Hollywood révolu où le western attirait les foules en salles aux quatre coins du pays. Par ailleurs, contrairement à ce qu'avance l'épilogue au sujet de Bill Tilghman campé par Steiger, il ne fut que conseiller à Hollywood et non réalisateur à part entière, l'insert conclusif ne précisant pas qu'il reprit du service sur le tard en tant que marshal, pour finir abattu par un policier corrompu en 1924.

Tourné entre La Peau et Atlantic City, deux grands films majeurs de sa dernière partie de carrière, Bill Doolin le hors la loi n'est assurément pas le meilleur des westerns de Burt Lancaster; hasard ou coïncidence, Lamont Johnson dirigea son compère Kirk Douglas en 1971 dans Dialogue de Feu face à Johnny Cash, comme si les deux artistes se livraient encore dans les années 70 à une amicale compétition à distance. Mais ce sont ses adieux au genre et à ce titre, il mérite d'être vu au moins une fois (le DVD est disponible depuis cet automne chez Sidonis Calysta assorti d'un documentaire de 50' consacré précisément à Burt Lancaster).

Sébastien Socias