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Rechercher Derniers commentairesprétentieux l'auteur pense qu'il est un spécialiste du cinéma !
Par Anonyme, le 16.01.2026
qui a écrit cet article ?
Par Anonyme, le 16.01.2026
parti chercher du lait il y a 2 ans
Par Anonyme, le 10.11.2025
imposteur
Par Anonyme, le 25.10.2025
l'auteur se fait plaisir
Par Anonyme, le 20.08.2025
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Date de création : 16.07.2012
Dernière mise à jour :
04.01.2026
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Les Tuniques écarlates
(North West Mounted Police)
Cecil B. DeMille – 1940
Premier film en Technicolor de DeMille, « Les Tuniques écarlates » bénéficie d’une palette chromatique très riche que le réalisateur fera éclater un peu plus tard dans ses grandes fresques (« Samson et Dalila », « Sous le plus grand chapiteau du monde », « Les Dix Commandements »). Qualifié par l’excellent critique Luc Moullet, d’« empereur du mauve » dans une récente étude (Capricci, 2012), DeMille fut un extraordinaire coloriste.
Dans « Les Tuniques écarlates », c’est le rouge qui prévaut donc : les uniformes de la police montée canadienne, mais aussi de la robe de Louvette (Paulette Godard) ou le foulard du Texas ranger Dusty Rivers, incarné par Gary Cooper.
« Les Tuniques écarlates » a pour toile de fond un épisode peu connu de l’histoire de l’Amérique du Nord : la révolte des métis francophones de l’Ouest du Canada contre la couronne britannique, en 1885, sous l’égide d’un certain Louis Riel. DeMille ne s’appesantit pas sur les origines de cette communauté, très rapidement narrées en commentaire off dès l’ouverture du film (par le réalisateur lui-même). Issus de trappeurs d’origine européenne et d’Indiens Crees, les révoltes des Francophones (vers 1869 puis 1884-1885) furent causées par la raréfaction des terres et du gibier, consécutive à l’arrivée du chemin de fer et la venue de fermiers arrivés de l’Est.
C’est à l’époque de la seconde vague de rébellion que DeMille situe son film : les policiers montés (« North Western Mountain Police ») s’efforcent de maintenir la paix entre les communautés – Métis, Canadiens anglophones et Amérindiens – tandis que Riel qui sort de son refuge – il était devenu instituteur dans le Montana – part retrouver ses partisans à Batoche, dont il veut faire la capitale de son gouvernement. DeMille nous expose le rapport de force : les « tuniques rouges », qui attendent leurs ordres d’Ottawa, ne sont que 500 ; autant dire qu’elles ne pèsent pas lourd, malgré leur courage, face aux milliers d’hommes dirigés par Riel et aux tribus d’Indiens qui sont leurs alliés.
Riel est un étrange chef de bande : ce n’est pas un fanatique, même si on le voit haranguer ses hommes avec passion. Il déplore la violence et il blâmera Jacques Corbeau, l’âme damnée du mouvement, quand celui-ci abattra sans hésiter deux policiers montés.
La scène d’exposition des « Tuniques écarlates » se déroule à Batoche et, si elle installe une tension réelle entre les trappeurs et chasseurs métis partisans de Riel et les policiers canadiens, elle montre aussi que des liens ténus existent entre les deux camps : le soldat Ronnie Logan (Robert Preston) est amoureux de Louvette, une peste que DeMille érotise, une figure de séductrice sauvageonne qui fait penser à Jennifer Jones dans « Duel au soleil » (voir la critique de ce film dans ce blog). C’est une caractéristique de DeMille que de s’intéresser à lamiscegenation(les relations sexuelles entre personnes de « races » différentes, proscrites par le code Hays à partir des années 30) – une appétence qui apparaît en effet dès « Le mari de l’Indienne » (The Squaw Man) son premier film, en 1914. ici, Louvette, la métisse, est la fille du redoutable Jacques Corbeau. Et le sergent Brett est amoureux d’une belle blonde, April, qui n’est autre que la soeur de Ronnie – elle est incarnée par Madeleine Carroll, actrice d’Hitchcock dans « Les 39 marches » et « Quatre de l’espionnage ».
Ces entrelacs de relations une fois posés, DeMille peut faire entrer en scène sa star, Gary Cooper (une entrée retardée après 20 minutes de film). Plus émacié qu’à l’accoutumée, celui-ci porte la même tenue que dans « Le Cavalier du désert » de Wyler, un autre western de 1940 : chemise à rabat, chapeau blanc à bord plat, pantalon dans les bottes, et clope vissé aux lèvres. Comme s’il n’avait fait que changer de plateau !
Débonnaire, plutôt de belle humeur, Dusty l’Américain est à la recherche d’un homme qui doit être jugé pour meurtre : Corbeau. Il s’amuse de la discipline des soldats en rouge tirés à quatre épingles. Parmi eux, on notera d’ailleurs la présence de Robert Ryan, reconnaissable dans quelques scènes, et dont c’est l’un des tout premiers films. Dusty partage leur chambrée et s’indigne qu’il faille se lever tôt au son du clairon. C’est l’homme libre des grandes plaines. Un montage alterné permet de constater que, pendant ce temps, Riel fourbit ses armes. Il fait transporter une redoutable mitrailleuse pour tendre un guet-apens aux « tuniques rouges »…
Cette même mitrailleuse commencera par impressionner les alliés indiens de Riel : à la vue de sa puissance de feu, le chef Pied-de-bouc est tout prêt à abandonner son alliance avec la Reine d’Angleterre, ce qui lui vaut d’être tancé par le sergent Brett :« Tu n’es plus digne d’être un chef ! ».Une réplique aux relents vaguement colonialistes – une telle manifestation de supériorité de l’homme blanc sur le sauvage choque aujourd’hui si elle ne choquait pas le spectateur de 1940.
Sans conteste, DeMille, réalisateur réactionnaire qui s’est illustré par la représentation archaïque des Indiens dans ses westerns (« Une aventure de Buffalo Bill », « Pacific Express » et, par extension, « Les Conquérants du nouveau monde »), éprouve ici bien peu de sympathie pour les métis, ces sangs-mêlés rebelles… En même temps, il célèbre le rapprochement entre communautés adverses, au travers du couple d’amis formé par Duroc (joué par Akim Tamiroff), un métis rebelle, et McDuff, un Ecossais roux et truculent supplétif des tuniques rouges ; de même, il met en valeur le couple d’amoureux « mixte », Ronnie et Louvette. C’est toute la complexité de ce metteur en scène souvent dépeint en croquemitaine anticommuniste limite fascisant dans les ouvrages de cinéma. A vrai dire, on sent chez DeMille une certaine fascination pour les personnages ou les communautés en marge de l’ordre social et politique, les boucaniers, les circassiens… et jusqu’aux Juifs exilés d’Egypte – « Les Dix Commandements » tourné en 1955 constituant une exaltation de la jeune nation juive, même s’il n’est pas exempt d’antisémitisme concentré sur la figure caricaturale de Dathan (Edward G. Robinson).
En tout cas, quand il illustre l’amitié entre Duroc et McDuff, DeMille nous émeut, d’autant que la scène de comédie finit mal : pendant l’affrontement qui oppose leurs deux camps, Duroc et McDuff se défient, le premier tirant sur le pompon du béret porté par le second, et McDuff coupant en retour la ceinture de son meilleur ennemi, faisant apparaître son caleçon… rouge, comme il se doit. Oui, mais Duroc est aussi dans la ligne de mire d’un policier canadien qui l’abat, au grand dam de McDuff.
Le climax des « Tuniques écarlates », c’est cette scène d’affrontement qui oppose les deux camps dans le dernier tiers du film : quelques images fortes restent en mémoire, les braves de Pied-de-bouc foulant au pied les vestes rouges des soldats tués. Le visage de Ronnie bouleversé (il a abandonné son poste de garde pour suivre Louvette) en surimpression d’une image de mitrailleuse qui déverse ses centaines de balles et sème la mort chez les camarades de Ronnie. Côté décors, DeMille paresseux ne s’est pas embarrassé de principes : l’essentiel des « Tuniques écarlates » est tournée en studio – ce qui permettait au metteur en scène de ne pas quitter son domicile en Californie.
Le dénouement sera dramatique : Ronnie tombe sous les balles d’un Indien commandité par Louvette (qui croyait s’en prendre à Dusty !).« L’amour fait souvent faire des folies », constate tristement Gary Cooper. Ce dernier repartira vers le Texas avec Corbeau, son prisonnier, mais sans April, à laquelle il a déclaré sa flamme en pure perte : la belle blonde était déjà engagée auprès du sergent Brett.
Le dernier mot, bien sûr, reviendra au grand Coop’ :« admettons que je vienne de faire un beau rêve au milieu du pire cauchemar ».
Christophe Leclerc