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Rechercher Derniers commentairesprétentieux l'auteur pense qu'il est un spécialiste du cinéma !
Par Anonyme, le 16.01.2026
qui a écrit cet article ?
Par Anonyme, le 16.01.2026
parti chercher du lait il y a 2 ans
Par Anonyme, le 10.11.2025
imposteur
Par Anonyme, le 25.10.2025
l'auteur se fait plaisir
Par Anonyme, le 20.08.2025
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Date de création : 16.07.2012
Dernière mise à jour :
10.02.2026
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Texas, nous voilà
(Texas Across the River)
Michael Gordon – 1966
En 1957, alors qu’on ne l’a encore jamais vu à l’écran, Alain Delon est pressenti par un talent scout pour rejoindre les cohortes de jeunes espoirs qui rêvent d’un destin à Hollywood : le grand producteur David O’ Selznick veut le prendre sous contrat pour sept ans.
Contre toute attente, l’aspirant décide de changer ses plans ; il préfère tourner son premier film, « Quand la femme s’en mêle », en France, et sous la direction d’Yves Allégret.
L’hypothèse d’une carrière américaine revient en force en 1964.
Alain Delon connaît alors une gloire internationale, après ses prestations dans « Plein Soleil », « Rocco et ses frères » et, surtout, « Le Guépard », sa deuxième collaboration avec Luchino Visconti.
En juillet de la même année, l’acteur, devenu star en Europe, déclare dans le « New York Herald Tribune » : « Je veux faire la conquête des États-Unis. Je veux être un Cooper, ou un Grant… ».
Alain Delon ne sera ni l’un ni l’autre. Il en avait certainement la capacité, les studios avec lesquels il a travaillé ne lui en donnèrent pas la possibilité. À défaut d’une collaboration prometteuse mais avortée avec Sam Peckinpah, la star européenne doit se contenter, pour ses débuts à Los Angeles, d'un honnête film noir produit par la MGM (« Les Tueurs de San Francisco »), où il apparait au côté de Jack Palance et Van Heflin, suivi d’un western pour l’Universal, « Texas, nous voilà ».
La motivation de Delon était certainement de partager l’affiche avec Dean Martin, son voisin à Beverly Drive, dans un film typique d’Hollywood.
« A chaque fois que j’ai travaillé en Amérique », déclarait Alain Delon, dans un grand entretien aux « Cahiers du cinéma », en 1996, « je mettais un point d’honneur à y être en star ».
Dans « Texas, nous voilà », le nom de l’acteur français arrive certes en deuxième position au générique, et il est presque omniprésent à l’écran… mais on ne peut pas dire que son image imprime la rétine.
La mise en scène de Michael Gordon, terne et sans relief, affadit tout, à commencer par la beauté et la présence exceptionnelle de Delon qui semble ici – et son personnage y contribue – freluquet, empoté et même écervelé.
Dans « Les Tueurs de San Francisco », la dimension mâle de Delon était déjà presque absente là où la testostérone était manifeste dans « Les Félins » de René Clément, ou encore « Mélodie en sous-sol », qui précédaient.
Pour autant, on doit admettre que le sex-appeal de Delon ne sera vraiment perceptible qu’à partir de 1967, la maturité aidant, dans « Les Aventuriers » puis « Le Samouraï ».
À la suite, l’acteur ne fera que conforter avec acharnement sa présence virile, réitérant dans « Adieu l’ami » (confrontation avec un autre mâle dominateur, Charles Bronson), « Jeff », « La Piscine » et, bien sûr, « Borsalino », l’ami Belmondo constituant un nouvel alter ego.
Derrière le tâcheron Michael Gordon à la réalisation, les techniciens qui président aux destinés de « Texas, nous voilà », témoignent d’un métier sûr : la photo est signée Russell Metty (au générique de films d’Orson Welles, Douglas Sirk et Stanley Kubrick[1]) et le score est réalisé par Frank De Vol, musicien attitré de Robert Aldrich. Cela ne suffit malheureusement pas à faire un bon film, principalement en raison d’un scénario insipide et d’un parti-pris décalé, ce western étant surtout passablement mâtiné de comédie.
On peut supposer que la MGM a voulu dupliquer une formule qui avait fonctionné pour un autre western de la même veine, couronné aux Oscars : « Cat Ballou », avec Lee Marvin et Jane Fonda. Sorti le même mois sur les écrans américains (en juin 1965) et tout aussi humoristique, « Sur la piste de la grande caravane », réalisé par le vétéran John Sturges, n’aura pas le même retentissement…
C’est en aristocrate espagnol égaré en Louisiane que l’on retrouve donc l’acteur de René Clément et Luchino Visconti. Le personnage incarné par Alain Delon dans « Texas, nous voilà », aurait pu être un excellent Don Diego de la Vega.
Précieux, le cheveu ondulé, et en costume militaire d’opérette (faut-il y voir une parodie du Tancrède de Visconti ?), Don Andrea Baldasar s’apprête à convoler en justes noces dans une demeure de maître à colonnades, quand trois militaires rustauds surgissent : l’un d’eux, Yancy, prétend que la future mariée, Phoebe Ann, a accepté de s’unir à lui. Il lui avait offert une bague de fiançailles, il vient donc demander des explications.
S’ensuit un affrontement ubuesque entre Delon et les soudards, où le Français, pas encore Zorro et récemment passé par « La Tulipe noire », se défend plutôt bien à l’escrime. Problème : Baldasar pousse malencontreusement Yancy qui bascule dans le vide, par-dessus la rambarde du premier étage : la tête du bellâtre est mise à prix et celui-ci n’a plus qu’à fuir.
Le Texas le tente. Il y fait la rencontre de Sam Hollis (Dean Martin), un aventurier débonnaire qui veut livrer des armes à un groupe de colons menacés par les Comanches. Pour traverser des terres infestées d’Indiens, il est toutefois dépourvu d’escortes. La rencontre fortuite devient association.
Au gré de péripéties sans grand intérêt, où l’on aura vu successivement Delon toréer à la façon d’Horst Buchholz dans « Les Sept Mercenaires », puis gifler Dean Martin de manière répétée, se faire mordre par un serpent, sauver de la mort une jeune Indienne et s’en éprendre sur fond de musique pop yé-yé (!), avant de finir couvert de pétrole, « Texas, nous voilà » ne laisse pas un souvenir impérissable.
Face à Dean Martin, qui ne prend manifestement pas cette affaire très au sérieux (il est certainement venu cachetonner), Alain Delon se voit donc réserver un sort peu enviable : celui du faire-valoir dont le jeu exubérant ne suffit pas à faire exister son personnage.
Force est de constater, d’une manière générale, que presque aucun acteur français n’aura réussi sa greffe à Hollywood, à l’exception notable de Maurice Chevalier.
« Je ne pense pas que j’aurais pu y mener la même carrière qu’en France », confiera Alain Delon, en 1992. « Et puis je suis trop attaché à mon pays. J’aime les petits cafés, les baguettes, l’air de Paris. Quand j’étais là-bas avec ma femme et mon fils, je déprimais[2] ».
Pas plus que Jean Gabin, Louis Jourdan ou Jean Dujardin, il ne sera parvenu à échapper au rôle parfaitement réducteur de latin lover auquel les studios US l’auront réduit.
Plus près de nous, quand Dujardin endosse, avec jubilation, le masque et la cape noire de Zorro pour la compagnie américaine Paramount, c’est en Espagne qu’il tourne, sous la direction d’un réalisateur français, et aux côtés d’acteurs hexagonaux, en tirant du reste le rôle à lui, à la lisière de la parodie bancale.
Christophe Leclerc
[1] « Les Sentiers de la gloire » et « Spartacus », deux films produits par Kirk Douglas.
[2] Interview dans « Paris Match », face à Henry-Jean Servat, 1992.