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Rechercher Derniers commentairesprétentieux l'auteur pense qu'il est un spécialiste du cinéma !
Par Anonyme, le 16.01.2026
qui a écrit cet article ?
Par Anonyme, le 16.01.2026
parti chercher du lait il y a 2 ans
Par Anonyme, le 10.11.2025
imposteur
Par Anonyme, le 25.10.2025
l'auteur se fait plaisir
Par Anonyme, le 20.08.2025
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Date de création : 16.07.2012
Dernière mise à jour :
10.02.2026
221 articles
Avec L'Appât, comme il le déclarait dans une interview reprise dans le magnifique album que Patrick Brion a consacré au western chez La Martinière, Anthony Mann entendait exploiter les époustouflants décors naturels du Colorado, en se détournant sciemment des paysages arides et désertiques chers à John Ford. Pour lui, l'Ouest, c'était également les montagnes, une nature généreuse quoique potentiellement dangereuse, au point de retenir pour titre The Naked Spur, du nom de l'éperon rocheux où se déroule l'affrontement au sommet entre James Stewart et Robert Ryan. Il est donc amusant de constater que le titre français se concentre sur l'aspect « polar » du film et non sur l'élément minéral magnifié par le Technicolor de la MGM, preuve qu'une fois encore, à la traduction, on perd souvent beaucoup du sens voulu par l'auteur.
Ce qui surprend d'emblée en revoyant ce joyau de l'âge d'or du western, c'est la tonalité très singulière de la partition de Bronislau Kaper. Quand la caméra vient se fixer sur l'éperon de James Stewart (renvoyant à l'éperon rocheux du final qu'escaladera Stewart en utilisant précisément son éperon de botte de manière originale, bouclant la boucle d'un film superbement construit), une musique tonitruante vient suivre le cheminement de Stewart sur son cheval, dans un style évoquant davantage Bernard Hermann ou que l'on trouverait plus approprié pour un film noir, voire un film d'horreur tel que Them !, dont Kaper signera justement le score. Le suspens est parfaitement souligné par des accords accompagnant l'action, voire la renforçant quand Stewart est soudain pris sous le feu roulant, non pas d'une Winchester, mais d'un éboulis provoqué sciemment par celui qu'il poursuit. Car L'Appât est un pur film d'action doublé d'une fable évoquant une comptine. En effet, Stewart apparaît seul dès les premières images. Sur sa route, il rencontre peu après un campeur, chercheur mais pas trouveur d'or, auprès duquel il recueille des informations et qu'il engage pour 20 dollars afin qu'il le mène sur la piste du tueur qu'il recherche. Une fois le tueur repéré, voilà notre duo confronté à l'intrusion d'un troisième larron, militaire en rupture de ban, instable de caractère selon le papier officiel qu'il montre à Stewart, lequel est contraint par son acolyte de lui faire voir en retour l'avis de recherche du criminel qu'il poursuit.
A ce stade là, la récompense a déjà des allures de magot maudit puisqu'on se doute bien qu'il faudra la partager en cas de succès. Toutefois, Stewart mène encore le bal car ses deux partenaires impromptus le prennent pour un shérif et il ne fait rien pour les détromper. Par jeu autant que par défi, ou goût du lucre, le personnage de Ralph Meeker et son sourire quasi permanent offre un contrepoids assez saisissant avec Stewart, obstiné, constamment sur la brèche et d'une alacrité telle qu'on a un peu de mal à le considérer comme un héros positif. Quand il propose à Stewart - qui vient de chuter lourdement en tentant d'escalader une paroi pour atteindre sa proie - de prendre le relais, en s'élançant déjà corde en main le long de l'escarpement et qu'il parvient par dessus le marché à déjouer la vigilance de Robert Ryan et de le faire prisonnier, on prend fait et cause pour lui. Et on se surprend à trouver pareillement bien du charme canaille à Robert Ryan, quand beau perdant, il lève les mains en signe de reddition, arborant lui aussi un fier sourire, alors que le comédien est le plus souvent connu pour présenter à la caméra un visage froid, fermé, lèvres pincées et regard sombre voire mauvais, marmoréen pour tout dire. D'une ironie mordante, il plaisante alors qu'il est fait prisonnier, tandis que Stewart demeure tendu, l'arme au poing.
Et là, la mise en scène force le respect. Alors que Ryan révèle à Mitchell et Meeker la véritable identité de Stewart qui n'est absolument pas le shérif que les deux autres imaginaient à bon droit mais un simple chasseur de primes qui leur a caché le prix de Ryan (5000 dollars), les personnages se regroupent, Mitchell et Meeker encadrant Ryan et Janet Leigh qui interprète sa maitresse. Tournant le dos à la caméra, ils épousent tout le cadre et Stewart se retrouve alors non seulement seul face à eux, le colt pointé sur le quatuor, mais symboliquement ET physiquement au bord du précipice.
Ce plan là est fulgurant d'intelligence, d'autant que le suivant montre Stewart seul, filmé de telle manière qu'apparait soudain son deuxième pistolet dans le champ, qu'il dégaine tout en revendiquant la paternité de la capture. Nouveau changement de perspective : on revient sur les quatre comédiens, Ryan et Meeker sourient de nouveau et là, coup de théâtre, il est désormais question de devoir partager la prime en trois (ce qui compte tenu du montant ne va pas être très pratique...). Ryan s'en amuse encore alors que Stewart ait pris d'une sorte de fièvre haineuse se traduisant par des frémissements de colère, agitant de rage (ou d'impuissance ?) ses colts au point qu'on redoute qu'une balle ne s'en échappe, le regard d'un bleu gris plus translucide que jamais. Avant de se calmer et que le quintette ne prenne la route d'Abilene, synonyme de pendaison pour Ryan.
Un mot sur le personnage féminin. Janet Leigh, vêtue comme un homme, devient malgré elle un enjeu au moins aussi fort que la récompense. Elle a du répondant et les atours d'un garçon manqué, son sex-appeal étant largement dissimulé sous une chemise et une veste trop grandes pour elle. Pourtant, elle stigmatise la testostérone de ces messieurs le temps d'une pause au bord d'un ruisseau. Mais moins cependant que l'argent. Tandis que Ryan distribue obligeamment ses cigares, il rappelle au passage à qui veut l'entendre que le prix de sa peau est plus aisé à partager en deux parts qu'en trois. Et là encore, Stewart prend le mors aux dents et lui enjoint de se taire et de se remettre en route. Tout concourt donc à faire du méchant un sympathique bougre au comportement convivial tandis que le héros s'avère être un asocial mono-maniaque dépourvu du moindre humour, à la personnalité complexe voire secrète (mais dont Ryan connait visiblement bien les ressorts). Plus encore que Leigh, Ryan incarne la tentation personnifiée (car si cette dernière est présente, c'est d'abord à cause de lui) : tentation de faire fortune à bon compte en le livrant à la justice, autre forme d'une soif de l'or qui hante Millard Mitchell et dont Ryan s'amuse en évoquant devant lui la présence de filons dans les parages. Pour mieux diviser le trio de ses geôliers ambulants. Lesquels doivent affronter des indiens lancés sur les traces de Ralph Meeker, que Stewart incite vivement à fuir de son côté. Lors de l'algarade qui s'ensuit, il agit enfin de manière chevaleresque vis à vis de Leigh, la protégeant de la charge d'un guerrier en la projetant à terre, puis l'entrainant derrière un tronc d'arbre pour éviter les projectiles. Une attitude singulière qu'il prolonge en se jetant au secours de Ryan qui les mains liés a fort à faire au corps au corps pour éviter la lame de son assaillant, lequel aura le crâne fracassé par Stewart, qui s'acharne sur lui avec la crosse de son colt déchargé. Une scène d'une rare violence, presque gratuite, en forme d'exutoire, prélude à la blessure de Stewart qui reçoit une balle dans la jambe et se retrouve diminué au point de tomber de cheval, inanimé. Mais pas abandonné à son sort par ses équipiers d'occasion. Quand la fièvre le prend, son inconscient s'exprime et il se libère enfin de son secret en évoquant la mémoire de la femme qui l'a trahi et à laquelle il s'adresse dans son délire, en la prenant pour Janet Leigh. Plus loin, alors que l'orage gronde et que la pluie s'abat sur la petite troupe, hommes et femme sont contraints de passer la nuit au sec dans une grotte, pour un huis clos oppressant, en forme d'opération de la dernière chance pour Ryan qui espère bien profiter de cette halte forcée pour se carapater. L'occasion pour le personnage de Stewart de s'adoucir en se préoccupant de l'avenir de Janet Leigh. La romance esquissée et ponctuée par un baiser n'est en fait qu'un leurre, permettant à Ryan de tenter de fausser compagnie à ses gardiens. Ce qui donne de nouveau lieu à un face à face entre Ryan et Stewart, ce dernier faisant montre d'une agressivité récurrente, impossible à juguler. La preuve : sur la berge de la rivière qu'ils s'apprêtent à traverser, le voilà à présent aux prises avec Ralph Meeker, comme si le moindre prétexte lui était bon pour en venir aux mains et laisser exploser la colère qui l'habite.
Comme si le scénario craignait d'être allé trop loin, en renversant complétement les rôles, une nouvelle évasion de Ryan finit par être couronnée de succès, le transformant enfin en crapule meurtrière, sans plus d'équivoque. Même si Janet Leigh espère encore le voir se détourner du chemin sanglant qu'il s'est tracé, le spectateur a compris qu'il était trop tard pour lui et que la justice immanente n'allait plus tarder à être rendue. L'acharnement de Stewart finit par payer, mais à quel prix : la mort de ses compagnons de chasse et ses propres larmes à l'heure de ficeler Ryan sur son cheval et de l'emporter pour empocher la récompense. Sauf que dans un ultime sursaut d'humanité, pour l'amour de Leigh, il accepte de renoncer à la prime et enterre chrétiennement sa proie, avant de s'en aller flanqué de Leigh, sa véritable prime, au beau milieu d'un paysage étrange puisque le sol paraît jonché d'arbres morts. Comme après une tempête. Celle qui aura soufflé sous son crâne durant tout le film ?
USA. 1953. Réal.: Anthony Mann. Avec : James Stewart, Robert Ryan, Janet Leigh, Ralph Meeker, Millard Mitchell. 1h31.
Sébastien Socias
très bon surtout Ryan est toujours aussi bon dans les rôles de salaudEcrire un commentaire